La créativité de la pensée spirituelle

L’homme, de tout temps, a toujours malgré lui, recherché le calme et l’ordre.  Cependant, la plupart des hommes passent leur vie à se débattre au milieu de ce qu’ils croient être le désordre.  Pourtant, tout autour d’eux leur suggère le contraire.  La nature, l’Univers expriment un état d’ordre parfait.  Comment pourrait-il en être autrement car comme vous le savez le désordre ne peut être toléré dans l’Univers où tout n’est qu’ordre et beauté.  Si l’Univers existe depuis des millions d’années, c’est que tous ses mouvements sont réglés sur l’horloge divine et que rien n’est laissé au hasard.  Il est clair que le désordre n’a pas sa place car il mène inévitablement au chaos et à l’autodestruction.

Dans sa quête du bonheur et de l’harmonie, l’homme doit faire appel à tous les moyens mis à sa disposition.  Deux lui sont particulièrement utiles: le corps et la pensée.  Bien que la pensée se charge d’orienter les expériences de la vie, le corps n’en demeure pas moins celui qui est chargé de les vivre.  Une chose peut vous paraître surprenante: pour la plupart des gens il semblerait que ce sont les besoins du corps qui dirigent la pensée.  Cette remarque est tout à fait juste car lorsque notre corps est malade, notre pensée s’axe exclusivement sur le problème en question.  Dès lors, elle n’est plus libre; elle n’est plus maître chez nous.  Malgré tout cela, nous pouvons quand même soutenir que l’organisation de la vie de l’homme dépend principalement de ses capacités que nous appellerons cérébrales.

Vous connaissez sûrement beaucoup de personnes qui sont très fières de leur intelligence, de leur mémoire ou encore de leur capacité de penser ou d’imaginer.  L’homme est vraiment très heureux de posséder l’instrument de précision qu’est le cerveau.  Bien que d’une spécialisation extrême, ce dernier peut être comparé à un ordinateur auquel on aurait oublié d’adjoindre des terminaux.  Sans les sens, il est parfaitement inutile.  Les sens opèrent comme des agents de relation entre l’intérieur (cerveau) et l’extérieur (le monde qui nous entoure).  C’est par les sens que nous pouvons apprendre à connaître l’univers mais c’est par le cerveau que nous parvenons à le comprendre.  Jusqu’à ce jour, malgré toutes les recherches scientifiques, aucun savant n’a réussi à mettre le doigt sur les zones du cerveau qui régissent l’activité cérébrale que nous appelons la pensée.  Il est vrai que la science nous trace les grandes lignes permettant de comprendre l’activité du cerveau, mais il se trouve toujours une exception à la règle qui vient tout remettre en question.

Je pense notamment à l’exemple qui veut que l’épaisseur du cortex cérébral d’une personne soit proportionnelle à l’intelligence.  J’ai lu récemment dans une revue médicale, qu’un enfant doué d’un quotient intellectuel supérieur et actuellement sous observations semble démontrer tout le contraire.  Comme vous le voyez, l’étude du cerveau est bien loin d’être complétée.

Pour pouvoir expliquer le fonctionnement de la pensée, il nous faut absolument parler de la mémoire et de l’imagination car c’est sur elles que la pensée prend racines.  La mémoire pourrait se décrire comme étant l’endroit où l’on emmagasine les souvenirs ou plutôt leurs images.  Pour ce qui est de l’imagination, elle complète la mémoire de façon à rendre plus attrayants ces mêmes souvenirs.  De plus, l’imagination a aussi la caractéristique de palier à toute défectuosité ou toute lacune de la mémoire.  Les souvenirs imaginaires se fondent tellement bien avec ceux de la mémoire qu’il est quelques fois difficile de les distinguer.

L’expression de la pensée passe toujours par le stade que nous appellerons la verbalisation.  Le fonctionnement de cette dernière fait appel à notre imagerie mentale (cérébrale) dont les caractères sont plus ou moins objectifs.  Cette imagerie, tout comme le contenu de notre mémoire, dépend de notre personnalité, de nos habitudes, de nos préoccupations et très souvent de notre affectivité ou de notre sensibilité.  Les données qui sont placées en mémoire sont généralement modifiées par l’imagination qui tend à déformer l’ensemble des données en majorant ou atténuant certains détails.  Puisque le fonctionnement de l’imagination est différent pour chacun d’entre nous, il est donc normal qu’une même situation soit interprétée différemment suivant les individus.  Chacun voit différemment ce qu’il a sous les yeux et l’emmagasine de façon personnelle.

Le réel, la réalité, est un mystère pour l’homme.  En tant qu’entité pensante, nous ne voyons par le réel mais nous le reconstruisons en nous, à notre manière, sous l’influence de notre humeur ou de notre état d’esprit.  Il est intéressant de noter que lorsque nous verbalisons notre pensée, la reconstitution que nous faisons est elle aussi différente du fait passé mais, en plus, elle est différente de l’imagerie mentale qui a donné naissance à la matière emmagasinée en mémoire.

L’explication qui précède, au sujet de l’imagerie mentale, prévaut aussi en ce qui concerne la conscience des faits ou l’attention.  Il vous est sûrement déjà arrivé de parcourir un livre plusieurs fois et de vous apercevoir qu’à chaque fois votre attention se porte sur un point différent.  Il arrive même que vous reteniez quelques passages qui vous avaient complètement échappés la première fois.  Chacune de nos lectures est personnalisée ou plus précisément inventée.  Il en est de même pour tout acte dit conscient.  Si par exemple, quelque chose d’élémentaire manque dans l’enregistrement d’un fait (un mot mal écrit…) notre imagination suppléera automatiquement à ce manque.  Quelques fois, cela va même beaucoup plus loin.  Il arrive que nous projetions l’image que nous voudrions voir et que comme par hasard c’est celle que nous captons.

Il est surprenant de voir que nous percevons très souvent ce que nous désirons percevoir ou encore que nous percevons ce que nous avons en aversion.  Une chose est certaine, ce n’est généralement pas la réalité car pour cela il nous faut avoir un état de conscience peu commun encore de nos jours; car l’imagination, par son influence sur la structuration de la pensée, nous fait vivre dans un état d’hallucination dont seulement quelques-uns parmi nous réussissent à plus ou moins bien s’en dégager.

Notre système nerveux reçoit constamment des sensations en provenance de l’extérieur par le truchement des sens.  La plupart du temps, nous vivons perdus dans nos idées ou dans nos pensées, complètement coupés du monde.  Nous sommes très peu conscients de nos sensations car nous vivons paisiblement avec nos habitudes qui nous endorment et nous empêchent de ressentir.  Faites un examen personnel et essayez d’estimer le temps de conscience de la journée qui vient de passer.  Bien peu d’entre vous sont en mesure de vous rappeler les détails de la journée; alors comment espérer vous rappeler de vos moments d’intense lucidité qui ne durent que le temps d’un éclair!  Une prise de conscience totale est sans doute la seule façon d’assurer à tout notre être un équilibre et une hygiène mentale nécessaire à une bonne évolution car pour demeurer vivant ce dernier a besoin d’un contact étroit avec la nature qui l’entoure.  L’environnement sous toutes ses formes est la source, la matière première, de notre pensée et par le fait même de notre évolution.

Nous faisons sans contredit partie de la nature.  Sa vie est notre vie, ses bruits sont nos bruits et ses vibrations sont nos vibrations.  J’écoutais récemment une cassette magnétique sur laquelle sont enregistrés certains bruits.  Tous ces bruits proviennent de l’intérieur de notre organisme.  Bien que je n’aie jamais eu l’occasion de les écouter directement, ils me semblent pourtant familiers.  En fait, il est possible de reconnaître ces bruits dans beaucoup de choses qui nous entourent.  Par exemple, les battements de cœur se retrouvent aussi bien dans un accompagnement musical que dans une station de pompage.  De même, la circulation sanguine ressemblera-t-elle à l’entrée de cartes de programmation dans le lecteur de l’ordinateur.

Les bruits de notre corps ou de la nature, de par leur nature vibratoire, nous apportent généralement le calme et parfois même la guérison.  La plupart d’entre vous connaissez sans doute les effets de détente des Mantras (nom générique donné à certaines syllabes dont la verbalisation produit une série de vibrations capables d’harmoniser certaines parties de notre organisme et de nous amener à l’état de détente plus ou moins totale) utilisées en Méditation transcendantale ou en Yoga.  Leur action de détente sur l’organisme est si importante que l’on comprend facilement l’importance d’écouter, de percevoir et de ressentir la Vie dont nous faisons partie.

Pourquoi avons-nous fait si longtemps abstraction de ces bruits harmonieux qui nous entourent?  Pourquoi croyons-nous que tout cela n’est que cacophonie?  La cacophonie ne vient-elle pas de nous-mêmes, de notre corps qui nous exprime ainsi son désappointement face à notre façon de mener notre barque?  Qu’est-ce qui a pu ainsi modifier notre façon de penser?

Voilà sans doute beaucoup de questions et bien peu de réponses, me direz-vous.  Il n’est cependant pas nécessaire d’apporter de réponses à toutes ces questions car vous les détenez en dedans de vous.  Il y a bien longtemps, vous perceviez tous ces bruits sans trop bien savoir d’où ils pouvaient provenir.  Mais à cette époque de votre vie vous pouviez rire et pleurer avec la facilité d’un enfant.  À cette époque vous étiez un enfant!  Vous avez maintenant compris… Il vous faut redevenir ce petit enfant qui vivait une journée à la fois sans préjugés, qui aimait la vie et qui avait confiance en elle.  Vous devez à nouveau regarder la vie sans les lunettes que vous imposent les contraintes sociales.  Comment faire, demanderez-vous!

Pour cela, il faut tout simplement apprendre à regarder avec les yeux du cœur.  Ne me demandez pas comment le tout fonctionne mais sachez que de cette façon vous saurez!  Pour redevenir le petit enfant qu’il n’y a pas si longtemps vous étiez, il faut pouvoir s’ouvrir sur le Monde et s’émerveiller au réveil.

Tout notre corps doit réapprendre à sentir, à percevoir.  Comme un changement à l’extérieur (corps) ne peut provenir que d’un changement intérieur, nous devons réapprendre à penser et surtout à entretenir des pensées de meilleure qualité.