Comment utilisons-nous notre pensée

Avant d’aller plus loin, il serait sans doute salutaire de nous attarder quelque peu à la définition et à la structure de la pensée.  Quoi de plus personnel ou individuel que le cours de notre pensée.  Nous seuls connaissons son fonctionnement ou ses réactions.  Ce qui laisse indifférent beaucoup de gens peut être pour nous la source d’élaboration d’un schème de pensée.  Comment pouvons-nous situer la pensée?  Quelle est sa relation avec le cerveau?

Pour certaines personnes, le cerveau est considéré comme l’organe qui distingue l’homme du reste de la création.  Il est pour ainsi dire à la base de l’évolution humaine.  Pour d’autres il n’est qu’un organe sophistiqué et extrêmement sensible.  Qu’en est-il vraiment et comment peut-on le relier à la spiritualité?  À cela peu de personnes pourraient répondre de façon catégorique.  Tout au plus pouvons-nous avancer que la définition spiritualiste la plus appropriée est que le cerveau est le siège de l’activité consciente de l’homme et que c’est grâce à cette partie qu’il peut évoluer spirituellement en interprétant les raisons de son existence et son but.  

C’est aussi par cette partie consciente que l’homme doit accepter la présence divine et son aide.  Très souvent, loin d’être un outil utile, le cerveau ou l’intelligence qui y est associée est la source de beaucoup de maux chez l’homme.  Le problème réside dans le fait que le cerveau donne l’impression à l’homme d’être l’être supérieur mais cette supériorité (sur certains organismes) bien que réelle, est quand même très fragile.  Nous pouvons même dire que plus le cerveau est développé, plus la zone d’équilibre ou de stabilité, chez l’humain, est étroite.

En résumé, disons que la pensée chez l’humain résulte d’un fonctionnement cérébral; elle comporte tout l’aspect matériel de l’imagerie mentale.  L’enfant dont le cerveau est en état de maturation apprend à sentir et à imiter (exécuter des gestes) mais son cerveau lui procure en plus l’aptitude d’apprendre à penser.  En même temps que se fait l’apprentissage social, nous apprenons à structurer nos images cérébrales et c’est à tort que nous opposons nos pensées à nos sensations et à nos gestes car, en fait, c’est d’eux qu’elles tirent leur essence et leur structuration.  Les images qui composent les pensées sont une suite de structurations d’excitations et d’inhibitions variables dans le temps et l’espace.

Lors de notre apprentissage, notre environnement et l’éducation de notre milieu social influencent grandement notre façon de penser, donc notre façon d’apprendre à penser.  Dès notre tout jeune âge, et sans vraiment nous en rendre compte, nous acceptons toutes sortes d’inhibitions qui tôt ou tard verront le jour sous forme de limitations.  Dès le moment où nous décidons de vivre nos limitations, nous biaisons notre apprentissage.  Plus nous vieillissons et plus il nous est difficile de démontrer de l’indépendance ou de l’originalité dans notre façon de penser.  Notre milieu social réussit alors à nous retenir à tout un ensemble de préjugés et d’idées préconçues et ces mêmes idées nous empêchent d’évoluer et d’apprendre.

Les données de base dont se sert le cerveau pour opérer sont appelées sensations.  Nous avons à notre service ou à notre disposition cinq sens (quelques personnes parleront de six!) qui fonctionnent de la même façon que les terminaux d’un ordinateur.  Toute l’information de base provient de ces cinq sens.  Cependant, nous devons nous rappeler que la sensation (information transmise au cerveau par les sens) n’est pas le monde réel mais son image en nous.  De même, le geste n’est pas d’abord le mouvement mais le schème cérébral moteur de l’acte.  De façon plus générale, nous pouvons dire que notre vie ne se compose que d’images que nous interprétons et que nous transformons selon notre façon de penser.

Une analyse du contenu des sensations met facilement en évidence leur subjectivité et nous permet de dire: je suis comme je me l’imagine!  Pour la plupart des gens, cette imagination (la folle du logis), quand elle n’est que l’aspect incontrôlé du pouvoir d’imaginer, est dans sa pleine réalité la pensée.  Vues sous cet aspect, nos pensées ne sont alors que des structurations sensorielles construites dans notre cerveau à partir des sensations, obtenues grâce aux sens, que nous avons le pouvoir d’évoquer au moyen de la mémoire.  Il est à remarquer que cette structuration se fait en l’absence de signaux extérieurs.  Tout ce qui nous passe par la tête n’est donc qu’un amalgame d’images provenant de sensations qui ont pu retenir notre attention et que nous avons personnalisées.  Ces images, tout comme les sensations, sont nécessairement subjectives et notre interprétation, dite consciente, d’un fait ou d’une idée est, elle aussi, foncièrement subjective.